Mythe de l’Île de Pâques: 4. Et la forêt alors ? Comment a-t-elle disparu ?

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On entend souvent que les habitants de l’Île de Pâques ont abattu tous les arbres de l’île pour déplacer et ériger leurs moaïs. Avant leur arrivée, l’île était en effet couverte d’une forêt primaire de palmiers géants. Mais les moaïs sont-ils vraiment la raison de leur disparition ?

Le défrichement pour cultiver la terre a certainement été la première cause de réduction de la forêt primaire. Dans leurs embarcations, les Polynésiens ont amené avec eux les plantes nécessaires à leur installation sur l’île : la canne à sucre, le bananier, la patate douce, le taro, le mûrier à tapa, etc.

« Nous pouvons assumer que les canoës de voyage étaient de grandes tailles, probablement plus de 30 mètres en longueur. De tels vaisseaux avaient la capacité de transporter bien au-delà de 100 personnes en plus d’une grande quantité d’animaux et de plantes. » Colin Richards, 2008. La substance des voyages polynésiens ; in World Archaeology.


La seconde cause a probablement été l’exploitation directe des palmiers – une espèce endémique à l’île, très grande – soit comme source de nourriture : le cœur de palmier, les (petites) noix de coco ou encore la sève pour fabriquer l’alcool de palme, soit comme matériel de construction pour leurs habitations ou leurs pirogues.


Mais ces deux causes auraient-elles suffi pour complètement éradiquer les palmiers ? Peu probable. La multiplication par germination de ses noix étant relativement aisée, ce peuple d’agriculteurs aurait dû réussir à le maintenir sur l’île.


Un autre facteur a dû intervenir… quelque chose que les Polynésiens ont aussi amené dans leurs bagages : les rats. Ainsi, seulement quelques dizaines d’années après leur introduction, sans prédateurs pour les réguler, leur population a atteint plusieurs millions d’individus. Les Polynésiens s’en nourrissaient, mais probablement pas à un rythme empêchant les rats de consommer les noix de palmier, peut-être avant même qu’elles ne tombent de l’arbre. Ils auraient ainsi empêché la régénération de la forêt.

« Ils possèdent quelques volailles, comme des coqs ou des poules, petites mais qui ont bon goût. Ils ont aussi des rats, qu’ils semblent manger, car j’ai croisé un homme qui en avait plusieurs, morts, dans la main et qui semblait ne pas vouloir s’en départir, me laissant à comprendre qu’il s’agissait de nourriture. Il n’y avait aucun oiseau terrestre, et bien peu d’oiseaux de mer. » James Cook, 1777. Un voyage vers le Pôle Sud et autour du monde.

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Extrait du livre Les Survivants de l’Île de Pâques: Un paradis au milieu du Pacifique

Les rats survivants furent amenés. Hotu Matu’A invita Variki à s’avancer dans la lumière.

Mais c’est Amarii qu’il devrait appeler ! C’est elle la plus âgée ! pensa avec surprise Avareipua.

Comment Hotu Matu’A osait-il donc faire une telle entorse au protocole ! Ce n’est pas parce qu’il était à présent le roi qu’il en avait le droit ! Elle jeta un coup d’œil en direction de la doyenne, prête à se joindre à elle si la vieille femme commençait à se plaindre. Un léger sourire aux lèvres, Amarii observait Variki de ses yeux bienveillants. Aucune amertume n’était visible sur son visage ridé. Amarii est trop âgée pour réciter la Légende des Rats, réalisa tristement Avareipua. D’ailleurs, ce n’était pas elle non plus qui avait pris la tête de la danse des femmes… Cela ne l’avait pas choquée sur le moment.

Variki commença :

« Il y a bien longtemps, dans une île lointaine, très lointaine, vivait un clan de pêcheurs et d’agriculteurs. »

L’assemblée écoutait religieusement les paroles de Variki. Comme tout le monde, si ce n’étaient les enfants les plus jeunes, Avareipua connaissait la légende sans âge. Elle l’avait parfois entendue dans l’intimité de la hutte de son père, souvent pendant la saison des pluies, lorsque l’on était coincé à l’intérieur. Mais personne ici n’avait encore participé à l’antique Cérémonie du Rat. Elle n’avait lieu que lorsqu’une tribu décidait de s’installer sur une nouvelle terre.

« Pendant des jours et des jours une gigantesque tempête ravagea l’île, racontait Variki. Une fois le calme revenu, les gens pensèrent que leur malheur était terminé, mais ce n’était en fait que le début… Fruits et feuilles avaient été arrachés par les vents. Tubercules et racines avaient été emportés par des glissements de terrains ou avaient pourri dans la boue. Les réserves conservées dans les fosses avaient été irrémédiablement contaminées par l’eau terreuse. Les canoës et les catamarans avaient été fracassés par la puissance des vagues. Sans bateau, impossible de fuir cette désolation ; même les oiseaux avaient été emportés par les vents : il n’y avait plus rien à manger. C’est alors que l’esprit du Rat s’approcha des hommes et fit un pacte avec eux. Il leur parla ainsi : « Maintenant, vous avez faim, mes rats aussi ont faim. Ils sont trop nombreux, la nourriture trop rare. Vous devez vous nourrir, alors mangez mes rats maintenant. Je préfère cela à ce qu’ils se dévorent entre eux… En échange, à chaque fois que vous voyagerez vers une nouvelle île, vous les emmènerez avec vous. Ainsi leur population grandira avec la vôtre, vous les aiderez à prospérer et dans les temps de disette, comme aujourd’hui, ils vous aideront à survivre. » Ainsi parla l’esprit du Rat, et ainsi survécut le clan de cette île. Depuis ce jour, quand nous nommons une nouvelle île, nous respectons ce pacte sacré. Aujourd’hui, esprit du Rat, tes protégés vont peupler Te Kainga A Hau Maka où ils vivront avec nous. »

Hotu Matu’A cria alors : « LIBEREZ LES RATS ! »

Avareipua n’attendait que cet ordre pour ouvrir sa cage. Méfiants, les petits rongeurs flairaient l’air de leur museau pointu, reniflant avidement les odeurs comme si la porte ouverte en laissait passer des différentes. Ils sortirent à petits pas. Dès qu’ils comprirent qu’ils étaient libres, ils détalèrent droit vers la forêt avec toute la vitesse que leurs courtes pattes pouvaient leur procurer.

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